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par Carmen » il y a 9 ans
J'ai relu ce fil hier ou avant-hier ; je l'avais déjà parcouru il y a longtemps. J'ai trouvé intéressant de redécouvrir ces échanges qui me concernent particulièrement en ce moment puisque je passe trois semaines de ces vacances seule, en très grande partie du moins. Tout à l'heure, le temps d'un instant, la solitude m'a pesé, mais finalement je la vis plutôt bien en ce moment ; j'en avais besoin après dix jours intenses en groupe. Comme beaucoup de ceux qui ont écrit, je suis à la fois sociable et solitaire. J'aime la compagnie des autres, les échanges, mais j'ai besoin de solitude pour me ressourcer. Plus que d'autres ? Je ne sais pas. Parfois même la solitude est salutaire. Au début de cette année scolaire je me sentais mal dans ma coloc ; prendre un studio seule m'a permis de respirer à nouveau. Toutefois, cela n'a pas toujours été le cas : il y a eu des moments où j'étais incapable d'être seule. Je pense que cet apprentissage est indispensable pour moi, je pense qu'il faut être capable d'être seul pour pouvoir être avec les autres, afin de ne pas faire d'eux des béquilles, mais peut-être que certaines me contrediront.
J'ai globalement toujours été célibataire malgré quelques menues aventures et la place importante accordée à quelques relations platoniques à certains moments de ma vie. Je n'ai pas l'impression d'en souffrir même si je sais que j'ai pu donner à d'autres l'impression d'être affamée (d'amour !). Il est vrai que ma propension à me projeter presque systématiquement dans une relation amoureuse avec les personnes dont j'ai été proche cette année est peut-être symptomatique d'une envie de quitter le célibat... Néanmoins, je n'imagine pas du tout vivre avec quelqu'un pour le moment, et si j'étais en couple j'aurais besoin que l'autre me laisse de l'espace.
Malheureusement, cela ne m'a pas empêchée de me retrouver dans des situations de dépendance affective. Peut-être justement parce qu'à l'époque je n'étais pas vraiment capable d'être seule... Avec deux de mes amies j'ai été très fusionnelle, au point parfois de me confondre dans l'autre. Dans ces deux relations à un moment quelque chose a dérapé et je me suis mise à ressentir un besoin très fort, presque irrépressible, de solliciter la personne très, trop, souvent. C'était comme une drogue, une expérience étrange, forte et désagréable. Dans le premier cas, cette situation a abouti à l'explosion – douloureuse – de la relation. Dans le deuxième cas, pas tellement mieux : rien que je n'ai ressenti comme une explosion, mais j'ai dit à mon amie que je ne voulais plus lui parler, et quand j'ai voulu à nouveau, c'est elle qui n'a plus voulu ; elle voulait sa solitude, moi je ne m'en suis pas totalement remise. J'ai été attristée de voir que la première expérience, et la conscience que j'ai eue, très tôt, de la possibilité de répéter avec cette deuxième amie ma première mésaventure, n'a en rien empêché la dégradation de cette relation. C'est pourquoi je crois que je dois apprendre à être seule, c'est-à-dire à être bien seule ; néanmoins j'ai tout de même peur que ce type de situation se reproduise, avec une autre personne ou avec la deuxième amie si nous devions reprendre contact un jour, car je n'ai pas vraiment l'impression d'avoir la maîtrise de ce type d'évolutions. A travailler, peut-être.
La solitude, c'est prendre du temps pour soi, s'autoriser à pratiquer certaines activités, artistiques par exemple, s'autoriser des fantasmes, apprendre aussi à se donner du plaisir. Je pense que la solitude est une liberté qui se conquiert, et je crois que j'ai encore un long chemin à parcourir. L'écriture, l'écriture pour moi j'entends, sous la forme d'un carnet intime ou d'une histoire que je raconterais, reste quelque chose pour quoi je ne suis pas encore prête. Je ne sais pas si c'est que je ne me l'autorise pas ou que j'en ai peur, ou bien que l'envie manque. J'ai encore besoin du détour de l'écriture adressée. Cela viendra un jour, je crois.
Ma solitude, toutefois, reste toujours relative. Je suis peuplée de gens auxquels je m'adresse dans mes pensées ou dans des mails, avec qui je suis en contact plus directement aussi. Le forum aussi joue un rôle important dans mes jours de solitude : je le parcours avec intérêt, presque avec avidité, et commence à avoir envie de plus y participer. On est seul derrière son ordinateur, mais on échange avec des gens, on entre dans l'intimité de personnes qui n'ont plus écrit sur le forum depuis quelques années, ils nous donnent d'eux même si on ne leur répondra jamais. Curieuse activité à la fois sociable et solitaire.
La véritable solitude, que vous avez appelée solitude sentimentale, je crois, et dans laquelle j'engloberai aussi la solitude de celui qui n'a pas d'amis ou a perdu ceux qu'il avait, et vit complètement coupé du monde, me paraît tout autre que celle que je vis actuellement. Je ne suis pas prête pour cela en ce moment, et je ne souhaite pas l'être, même si je sais que je pourrais habiter encore davantage ma solitude. Je ne connais pas encore la nudité du face à face avec soi-même, le mien est toujours enrobé de beaucoup de liens vers l'extérieur. Disons que la solitude est pour moi l'autre face, nécessaire, de la sociabilité, j'ai besoin des deux, mais je ne recherche pas la solitude comme un absolu, simplement parfois elle se présente à moi. Enfin, non, parfois, je la choisis... L'amie dont j'ai parlé, la « deuxième amie », valorise extrêmement la solitude, elle a même l'impression de devoir choisir entre la vie avec les autres et une solitude plus ou moins absolue qui lui permettrait de créer une œuvre d'art. Cela me fait un peu peur, je ne serais pas prête à ça actuellement... et personne ne me le demande d'ailleurs !
Voilà. Je pourrais aussi écrire ça dans un journal intime, après tout pourquoi se livrer à des inconnus ? C'est que ces réflexions ont été en grande partie suscitée par vos échanges ; j'ai envie aussi de communiquer à d'autres ce que je ressens et de contribuer à l'édifice du forum....