Excuses pour la méprise avec cette tournure, «de l’autre côté» .quand tu dis que tu as vu de l'autre côté ? C'est du passé pour toi ? Tu as trouvé un équilibre ?
Je ne dis pas que j’ai traversé les mêmes phases que toi. J’entendais seulement par là que je connais les relations homosexuelles (amoureuses, galantes, platoniques, purement sexuelles…) Et pour cause: je me suis vécu et me suis défini comme gay dans la première partie de ma vie.
Quant à l’équilibre, vaste sujet... Je suis actuellement célibataire et m’amuse en toute honnêteté, en toute légèreté, avec des uns et des unes. Mais qu’en sera-t-il lorsque je tomberai amoureux ? Serai-je tellement épris que personne d’autre ne comptera ? Est-ce qu’avec une femme les hommes me manqueront ? Est-ce qu'avec un homme les femmes me manqueront ? Cette ambivalence est-elle inévitable, sachant que les hétéro et les homo en couple arrivent à se passer :
- des personnes de l’autre sexe pour les premier.e.s
- des personnes du même sexe pour les second.e.s ?
Il y a bien sûr le couple ouvert qui me parle pas mal et le polyamour qui m’intéresse philosophiquement. Mais aurai-je la maturité nécessaire pour bien vivre ce genre de relations ? Rencontrerai-je la.les bonne.s personne.s pour cela ?
Tu vois, je n’ai pas encore trouvé l’équilibre. Je pense que pour quiconque s’écarte du modèle sociétal pour réfléchir à sa vie et ses envies, l’équilibre devient une quête sans fin. Dans l’intime comme dans toute chose car on change constamment, comme dit ta psy.
J’ai envie de creuser un peu ce que tu dis. Encore une fois, aucun malaise si je vais trop loin et que tu ne souhaites pas approfondir. Il y a aussi ma messagerie perso si ça te semble plus confortable, bien que je te sente plutôt à l’aise sur le forum public.
le "ça" c’est mis pour les relations homosexuelles ? Auquel cas j’ai une piste mais je préfère être sûr d’avoir bien compris la question.je me dis que l'on est dans un monde où on a la médecine, différentes technologies, mais moi j'ai souvent rêvé d'un monde plus sain, plus naturel, moins matérialiste, mais avec un équilibre, eh bien, je me demande si ça serait possible dans ces conditions
Je me permets un commentaire sur tout le passage ou tu évoques les idées de ton frère. Il t’aime sans doute et te veut du bien. Est-il au courant de tes expériences et désirs pour les hommes ? Ou bien il parle avec toi sans savoir que tu es concerné ?
Vous semblez avoir une relation forte et son opinion semble importante pour toi. Mais si certaines de ses réflexions ne te font pas du bien étant donnée ta fragilité du moment, peut-être vaut-il mieux rediriger les conversations vers autre chose.
J’aurais aimé entendre ce qu’il a dit exactement pour signifier que l’orientation homosexuelle se choisit avant d’arriver sur terre. Avec tout mon respect pour ton frangin, il peut avoir toutes les certitudes du monde sur les sujets dont il a fait l’expérience. Toutefois, à moins d’avoir eu de désirs ou des expériences bi ou homo, je doute que son avis puisse faire référence. Les principaux concernés (toi, moi, tou le monde ici par exemple) ou les personnes formées et sensibilisées (tes thérapeutes notamment) m’apparaissent plus fiables. Sachant que chacun.e des personnes concernées a un parcours unique, difficilement généralisable.
C’est intéressant le lapsus «ma femme/ma mère». J’ai plusieurs copines hétéro qui font le même au sujet de leur amoureux. Que je sache, elles n’ont pas de souci dans leur sexualité ni leur orientation. Les raisons de ta répulsion peuvent être tellement nombreuses, conscientes ou hyper enfouies. Mais oui, la théorie est tentante. A voir ce que tu en tireras à la longue.
Ce qui est sûr c’est que même quand tu tentes d’enfouir tes désirs au masculin sous le tapis, ton inconscient finit par te les ramener violemment à la surface. D’un côté ça te fait souffrir en ce moment. Or de l’autre c’est une chance : une partie de toi veut absolument te faire réagir pour que tu prennes la décision qui sera bonne pour toi. C’est une super idée que cette séance d’hypnose en septembre. Au moins pour écarter des hypothèses.
J’ai eu moi aussi un rapport un peu compliqué à la vulve. Ca a fini par se régler lorsque je me suis senti aligné dans ma sexualité et que j'ai rencontré une personne avec qui je me sentais vraiment en confiance.j'ai un vrai blocage avec la vue du sexe féminin. Dès que j'en arrive à cette partie de l'anatomie, j'ai du mal
Quand j’étais gay, je trouvais mystérieuse et inquiétante cette "fente" dont je pensais qu’elle pouvait m’aspirer. Au début de mes expérimentations hétéro, la vulve m'intimidait. Tellement différente de ce que j'avais connu jusqu'alors. Au delà de la peur de ne pas "assurer", il se jouait inconsciemment autre chose. A savoir le changement d’orientation que je n’acceptais pas encore, ainsi qu’un repositionnement de ma masculinité dans l’intime : avant dans un lit j’étais un homme par rapport à d’autres hommes, de façon assez libre. Voilà que je devenais l’homme par rapport à la femme, avec toute la culture patriarcale que ça peut charrier involontairement. Je m’imposais la pression d’une masculinité «absolue» , un peu cliché et patriarcale. Pas simple pour moi qui en plus entretenais un complexe au niveau virilité.
Parfaite transition vers la question du «passing», pour reprendre les termes de Pablobi. Le passing est le fait de pouvoir passer pour quelqu’un d’autre que soi en termes de groupe racial, social, de genre, d’orientation sexuelle ou autre. Ça sous-tend généralement que l’on peut ainsi bénéficier des privilèges sociaux d’un autre groupe que le sien. Exemples : être protégé.e de l’homophobie ordinaire quand on a «l’air hétéro» ( cette expression m’agace à moitié). Passer pour «blanc.he» quand on ne l’est pas et échapper au racisme. Ne pas être harcelé.e quand on est trans car on passe pour une personne cisgenre, etc…
C’est une question que je connais bien puisque comme toi je divise les suffrages. Je suis plutôt doux, avec une part féminine plus prononcée que le standard admis. C'est présent dans certains gestes, certaines intonations, dans ma façon de penser et de communiquer. On dit de moi que je suis un «original». Plus David Bowie ou Prince que Johnny Halliday ou Jay Z (je prends les flatteries qu'on on veut bien me faire
Résultat, au sondage sur mon orientation sexuelle les avis sont assez partagés entre hétéro, gay ou ambigü. Je note que c’est aussi le cas de plusieurs potes mecs hétéro qui se trouvent être soit doux, soit discrets, soit sophistiqués, soit les trois à la fois. Il y en a même un qui a dû batailler pour convaincre son amoureuse qu’il n’était pas un refoulé (aujourd’hui ils sont mariés, parents et sereins). Je sais donc que les préjugés ne sont pas la réalité et que je ne devrais pas être atteint.
Pour autant je n’ai pas toujours bien vécu de ne pas être dans la norme masculine. Plus jeune, ça me complexait un petit chouilla que mon homosexualité « se voie ». J’ai très rarement été moqué. Neanmoins les quelques fois où c’est arrivé n’ont pas aidé à éliminer mon petit résidu d’homophobie culturelle intériorisée. Et même quand un petit «sale p*dé» ou «espèce d'enc*lé» fusait par réflexe, sans rapport avec mon identité sexuelle, ça picotait. Donc je comprends bien ce que tu as ressenti quand cet homme t'a parlé de ton prétendu regard (dont on peut se demander si une part inavouée de lui n'y était pas sensible
Etrangement, c’est ma bisexualité qui m’a progressivement permis d’être tout à fait en paix avec ma personnalité. J’aime les hommes et les femmes (et potentiellement les autres aussi). Pas forcément de la même façon, pas forcément pour les mêmes raisons. Ma "bimentalité" me permet d’aller très naturellement vers les uns et les unes. Sans devoir me renier, sans devoir faire le yoyo entre convention virile de façade et sensibilité cachée, puisque je vis en paix avec les deux facettes au niveau psychique.
En gros, c’est le fait d’avoir accouché de «mon-vrai-moi-bi» qui m’a permis d’habiter sereinement mon corps et d’accepter mon esprit non-formaté.
Eh bien tu sais quoi ? Depuis que je me fiche de la catégorie dans laquelle on veut m'enfermer, l'éventail de mes relations s'est notablement élargi. Des femmes hétéro viennent vers moi, des hommes hétéro curieux, des bi, des gay aussi. J'ai tendance à parler assez naturellement de ma bisexualité. Les femmes trouvent généralement ça intéressant -voire excitant- que j’aie connu des hommes. Elles disent que j’ai un regard plus subtil sur le monde que certains hommes hétéro. J’en viens à être persuadé que quand tu arrives enfin à être bien dans ta peau et à savoir ou tu vas, l’univers se conforme et t’envoie la/les bonne.s personne.s.
Bien sûr il y aura toujours des gens qui colleront une étiquette selon leurs préjugés. Certaines filles m'ont surement déjà disqualifié par "soupçon". Tant mieux pour elles et surtout pour moi. Il y a des personnes qui n'imaginent pas qu'on puisse être équilibré et non-hétéro. C’est leur problème, pas le mien. Les personnes qui m’intéressent sont plus fluides dans leur pensée. Et elles sont plus nombreuses que je ne le pensais. Je le remarque depuis que j'ai entrepris une thérapie.
Si je te raconte tout ça ce n’est pas pour me faire mousser alors que toi tu es en pleine turbulence. C'est au contraire pour t’encourager à poursuivre le travail ardu que tu mènes. Certes je n’ai pas eu l’enjeu d’un couple établi et un amour profond dans la balance. Cela dit j’ai traversé - comme d’autres ici - des zones très troubles. Il est possible d’en sortir grandi, serein, voire plus heureux. C’est super que tu sois en route.


